Écrire, j’aime assez ça, et je commence à croire que je ne m’arrêterai jamais, d’autant plus qu’écrire n’a jamais vraiment fait de mal aux autres, seulement à soi-même. La raison en est qu’écrire est une drogue, et comme toutes les drogues, elle n’est pas forcément bonne, même lorsqu’elle sauve, même lorsqu’elle donne l’illusion de tenir debout.
Écrire te fait grandir trop vite et t’oblige à ouvrir des portes que tu n’aurais jamais dû pousser, révélant parfois des vérités difficiles à encaisser. Écrire, c’est poursuivre de jour comme de nuit sur un chemin où, tandis que tu marches, il t’arrive de te demander quand tout a commencé, et quand cela s’arrêtera. Et lorsque tu comprends que ces questions ne te seront d’aucune utilité, tu cesses de te les poser.
Ainsi, je sais que je continuerai, malgré le fait que, avec neuf romans publiés, je me dise qu’il serait sans doute temps de m’arrêter là afin de me consacrer à la promotion des livres existants. Mais qu’est-ce que tu veux, je suis drogué, au point d’avoir récemment commencé deux nouveaux romans en même temps, actuellement dans le four, comme j’aime le préciser.
Continuant à traverser cette route d’un pas décidé, je m’interroge sur cette passion qui n’en est pas une et sur cette drogue qui semble ne jamais s’épuiser. C’est pourquoi j’en viens à me demander si ce qui m’attend ne ressemblerait pas au parcours de ces personnes qui, de leur vivant, ont publié un nombre considérable de romans. Un peu comme ce fut le cas pour Ryoki Inoue, qui a battu le record du monde en rédigeant pas moins de mille romans.
La mort nous dérange, nous attriste, et c’est pour cela que nous fuyons l’idée même d’y penser, mais elle, la mort, ne nous oublie jamais. Pour ma part, j’ai décidé de penser à elle, et cela m’amène à comprendre qu’elle est là, quelque part, prête à frapper à la porte ou à sonner à l’interphone. Sous un certain angle, elle peut même se révéler utile à qui cherche réellement à réussir sa vie en ce bas monde.
Dans l’attente qu’elle débarque, un billet d’avion à la main droite, je me dépêche, de mon côté, de mener à bien mes projets, qu’ils soient commerciaux, personnels ou liés à la rédaction de mes romans, des romans bien différents de tout ce que j’ai déjà rédigé.

